L’arrivée à la maison avec bébé : le choc du réel
Quand le fantasme se confronte au quotidien
Au cabinet, j’entends souvent cette phrase, dite à voix basse, parfois avec honte :
« Je ne m’attendais pas à ce que ce soit comme ça. »
Le retour à la maison avec un nouveau-né est un moment charnière, mais paradoxalement très peu préparé. On prépare la naissance, l’accouchement, parfois l’allaitement… beaucoup moins ce qui vient juste après, quand la porte se referme et que le quotidien commence vraiment.
Entre ce qui a été imaginé et ce qui se vit, il existe souvent un entre-deux déstabilisant, fait d’épuisement, de doutes, et parfois d’un profond sentiment de décalage.
Quitter la maternité : un atterrissage plus qu’un retour
À la maternité, on est entouré·e, contenu·e, soutenu·e — même imparfaitement.
À la maison, le silence peut être brutal.
Plusieurs patientes me disent :
- « À la maternité, je pouvais appeler. À la maison, je n’osais plus. »
- « J’avais l’impression qu’on m’avait retiré le mode d’emploi. »
Le retour à la maison n’est pas un simple retour : c’est un atterrissage psychique.
Il faut passer d’un cadre contenant à une responsabilité totale, souvent sans filet.
La matrescence : devenir parent prend du temps
On ne devient pas parent le jour de la naissance, même si le bébé est là.
Ce que l’on appelle aujourd’hui la matrescence (et la patrescence) décrit ce remaniement profond de l’identité.
Au cabinet, j’entends souvent :
- « Je ne me reconnais pas »
- « Je me sens différent(e), mais je ne sais pas encore qui je suis »
- « Tout me paraît flou »
Ce flou est normal.
Le corps est bouleversé, le sommeil fragmenté, les émotions intenses. Il faut du temps pour que les repères se redessinent.
La rencontre réelle : un bébé réel, un parent réel
À la maison, la rencontre avec le bébé devient concrète, parfois déroutante.
Ce bébé :
- ne dort pas quand on l’avait imaginé,
- pleure sans raison évidente,
- a son propre rythme, souvent imprévisible.
Et le parent réel n’est pas celui ou celle qu’on avait fantasmé :
- toujours patient·e,
- sûr·e de ses gestes,
- spontanément comblé·e.
La rencontre se fait entre deux réalités imparfaites.
Et c’est précisément dans ces ajustements répétés, ces tâtonnements, que le lien se construit.
Le baby blues : quand le bonheur ne ressemble pas à ce qu’on attendait
Beaucoup de parents sont surpris, voire inquiets, de ne pas ressentir immédiatement un bonheur évident.
Au cabinet, cette culpabilité revient souvent :
- « J’ai tout pour être heureuse, alors pourquoi je pleure ? »
- « Je l’aime, mais je ne ressens pas ce que je devrais ressentir »
Le baby blues est pourtant fréquent :
- pleurs inexpliqués,
- hypersensibilité,
- fatigue émotionnelle,
- impression de décalage avec l’image sociale de la maternité heureuse.
Ce n’est ni un manque d’amour, ni un signe d’incompétence parentale.
C’est souvent l’effet combiné de la fatigue, des bouleversements hormonaux et du choc psychique de la naissance.
Concrètement, de quoi a-t-on vraiment besoin à la maison ?
Contrairement à ce que l’on croit, ce ne sont pas les objets qui manquent le plus.
Les parents que j’accompagne évoquent surtout :
- le besoin de calme (moins de visites, moins d’injonctions),
- le besoin d’aide concrète (repas, courses, tâches ménagères),
- le besoin de sommeil, même morcelé,
- le besoin d’être rassuré·e, sans jugement.
La place du second parent est également centrale : non pas comme simple soutien logistique, mais comme figure d’attachement à part entière, avec sa propre façon d’entrer en lien avec le bébé.
Quand est-ce que ça déborde ?
Il n’est pas toujours facile de savoir quand demander de l’aide. Pourtant, certains signaux méritent une attention particulière :
- un épuisement intense et persistant,
- un sentiment de débordement quasi permanent,
- une anxiété envahissante,
- des difficultés à se sentir en lien avec son bébé,
- une impression de ne pas y arriver du tout.
Consulter n’est pas un aveu d’échec, mais souvent une façon de protéger le parent, le bébé, et le lien en construction.
Un espace pour déposer le réel
Dans mon travail en périnatalité, et au regard de mon expérience en maternité et en néonatologie, je rencontre régulièrement des parents qui me disent :
« Si j’avais su que c’était aussi ça, je me serais moins jugé·e. »
Pouvoir déposer ce qui se vit réellement, sans masque ni injonction, permet souvent :
- de normaliser l’expérience,
- de réduire la culpabilité,
- de soutenir la construction du lien parent-bébé,
- de traverser cette période avec moins de solitude.
Pour conclure
L’arrivée à la maison avec bébé n’est pas toujours douce ni évidente.
C’est un temps de grande vulnérabilité, mais aussi un temps fondateur.
Il n’y a pas à réussir ce moment. Il y a à le traverser, accompagné·e, à son rythme.
Podcasts pour futurs et jeunes parents
Aternité – La naissance de la parentalité
Un podcast qui explore la parentalité « du désir d’enfant aux premiers mois de bébé », avec des histoires de couples, des réflexions sur la grossesse, l’accouchement, le post-partum, la matrescence et la paternité. Podcast France
Prélude – On ne naît pas parent
Podcast centré sur la réalité du retour à la maison après l’accouchement : épuisement, nuits courtes, conseils pratiques et témoignages authentiques de parents pour mieux appréhender le quotidien avec un nouveau-né. Prélude
Conseil pratique pour l’écoute : beaucoup de ces podcasts publient des épisodes thématiques — par exemple sur le retour à la maison, la fatigue intense des premières semaines, la place du partenaire ou la santé mentale post-partum — qui peuvent être particulièrement intéressants à écouter avant ou juste après l’arrivée de bébé.

